Après le tour d’horizon des villas balnéaires dans la région de Saint-Nazaire (voir mon article précédent), place maintenant à quelques histoires autour de l’histoire de ces édifices pas tout à fait comme les autres. Et on commence avec…
La star !
D’un blanc éclatant, avec une façade toute en loggias, escaliers, balustrades, colonnades, mascarons et même sirènes en bas-relief…


… la villa Ker Souveraine, située sur le remblai à Pornichet, a vraiment tout d’une star ! Une star quasi-centenaire, puisqu’elle a été construite en 1925/26. Mais les stars n’ont-elles pas la fâcheuse réputation d’être parfois capricieuses ? Justement, la propriétaire de la villa, une Parisienne du nom de Suzanne de La Noue, avait « usé » trois architectes de renom, Henri Godivier, Georges Vachon et Adrien Grave, avant que tout soit exactement comme elle l’imaginait. Ker Souveraine a connu des moments fastes où ses hôtes étaient des têtes couronnées (le roi d’Espagne Alphonse XIII) ou des hommes politiques pas exactement du même bord (Léon Blum). En 2002, la villa a été inscrite au titre des monuments historiques et transformée en appartements.

Juliette et Marguerite
Lorsqu’en 1880 il achète plusieurs hectares de dunes boisées à Pornichet, alors un quartier pauvre de Saint-Nazaire, Charles Mercier, avocat parisien, ne se doute pas qu’il va jouer un rôle de premier plan dans le développement de la future station balnéaire. A travers sa Société Immobilière de Pornichet il met tout en œuvre pour que la commune devienne indépendante. Ce sera fait en 1900, et Mercier en sera le premier maire élu. Mais il a aussi le sens de la famille : il donne le nom de Sainte-Marguerite, sainte patronne de sa fille Marguerite, au lotissement qu’il développe entre bord de mer et forêt (lotissement de villas, s’entend). Quant à la somptueuse villa qu’il fera construire en 1886 au milieu d’un parc de trois hectares, elle sera nommée d’après son épouse, Juliette. Une belle revanche sur la famille Mercier qui voyait d’un très mauvais œil le mariage de leur fils avocat avec une « simple » couturière ! Quant à Marguerite, elle aura une très longue vie à Pornichet puisqu’elle s’éteindra à l’âge de 104 ans.


Estivants et paroissiens
La bonne société de la fin du 19e siècle est encore très attachée à la religion et à ses rituels. Ainsi le dimanche, on va à la messe, point. Tant et si bien que parfois des bâtiments religieux sont prévus dès les premiers aménagements d’un nouveau quartier : c’est le cas au quartier des Arbres à La Baule, où l’investisseur Hennecart bâtit très tôt la chapelle Notre-Dame des Flots qui s’appelle aujourd’hui chapelle Sainte-Anne. Au début du 20e siècle, la population estivale du quartier atteint déjà environ 4 000 personnes, il faut agrandir la chapelle. Sur cette photo on la voit dans sa forme actuelle depuis l’avenue des Platanes. Une véritable petite église bretonne, n’est-ce pas ?

Ailleurs, les églises existantes sont soit trop éloignées des nouveaux quartiers (Pornic) soit trop petites (Saint-Marc-sur-Mer), et on en construit de nouvelles. A Saint-Brevin existe une communauté protestante assez active qui célèbre le culte chez les uns et les autres, avant de faire construire en 1935 un temple dans le quartier de l’Océan. L’édifice, plutôt humble, s’inspire des petites églises américaines de Nouvelle-Angleterre. On se croirait presque dans un village…

Si les villas pouvaient parler…
… elles auraient non seulement d’aimables histoires de familles et de vacances à raconter, mais aussi malheureusement des épisodes bien plus tragiques. Par exemple la villa Sunset à La Baule. Elle a accueilli pendant la Seconde Guerre mondiale Jean de Neyman, né à Paris, jeune professeur agrégé de physique et résistant communiste. Etant exclu de l’enseignement, il trouve refuge à La Baule où il donne des cours privés tout en menant une propagande anti-allemande. En contact avec des résistants nazairiens, il rentre dans la clandestinité au printemps 1944. Jean de Neyman sera arrêté en août et fusillé à Saint-Nazaire, au château d’Heinlex, le 2 septembre 1944, à l’âge de 30 ans. Une plaque a été apposée sur la villa pour honorer sa mémoire.

D’autres villas ont été réquisitionnées par l’occupant, soit pour y loger des officiers ou des services administratifs, ou encore pour y créer des lieux de « détente ». Les propriétaires étaient souvent catastrophés devant l’état dans lequel ils retrouvaient leur bien après la guerre…
Une deuxième voire troisième vie
Aujourd’hui quelques-unes des villas sont toujours, ou sont redevenues, des maisons de famille, parfois habitées à l’année. Mais je ne sais pas si certaines sont encore habitées par les descendants des premiers propriétaires. De nombreuses villas ont connu des changements parfois radicaux : si certaines ont été transformées en hôtels ou pensions de familles, beaucoup sont passées par la case « colonies de vacances » notamment dans les années 1950/60. Cela n’a pas dû faire beaucoup de bien aux aménagements intérieurs…
La transformation en appartements n’est pas rare, comme c’était le cas par exemple pour la villa Géorama à Saint-Marc-sur-Mer. Ce très bel édifice, dans le style d’un manoir breton, date de la fin du 19e siècle et domine l’océan sur un promontoire rocheux. Après une cinquantaine d’années de colonies de vacances, classes de découverte, hébergements de groupes, la propriété a dû retrouver un certain calme lorsqu’elle elle a été rachetée en 2012 par un particulier qui l’a transformée en appartements.

Une autre villa somptueuse a connu un destin très différent, Ker Bon Accueil à Pornichet. La villa a été construite en 1910 comme résidence principale d’un entrepreneur nazairien. Ses descendants léguèrent l’édifice à la ville de Pornichet et depuis 1950 elle accueille la mairie.



C’est certainement une des plus grandes villas que je connaisse !

Paquebot ou avion ?
L’architecture des villas balnéaires est extrêmement diversifiée, même si certaines inspirations reviennent assez régulièrement : le château néo-médiéval, la maison basque ou normande, un style italien ou orientalisant, le tout revu et corrigé par les fantaisies des propriétaires… Mais au 20e siècle on constate aussi une certaine modernité, notamment le style « paquebot » des années 1930. Avec ses formes géométriques, sobres et épurées il évoque l’Art déco ; ses terrasses et balcons à bastingages semblent droit venir des grands paquebots transatlantiques tels Ile-de-France (1926) ou Normandie (1935) qui naissent alors au chantier naval de Saint-Nazaire. Certaines des nombreuses villas que l’architecte Adrien Grave a construites à La Baule et Pornichet à partir des années 1920 s’inscrivent dans ce courant, comme par exemple la villa Coq de Roche.

Si le paquebot représente le sommet de la modernité des années 1930, l’avion prendra la relève après la guerre. A Saint-Brevin, la villa Constellation aux formes très géométriques, construite vers 1960, rend hommage à un des premier avions de ligne, le Lockheed Constellation, avion à hélice avec quatre moteurs. Il y a même un lien précis entre la maison et l’avion : le commanditaire de la villa avait été un des pilotes du premier vol Air France en Constellation en 1946 pour ouvrir la ligne Paris – New York, à l’époque encore avec deux escales, en Irlande et Terre-Neuve !

Comment on va l’appeler ?
J’aimerais terminer avec un petit florilège de noms. Mais oui, une villa qui se respecte se doit d’avoir un nom. Et comme dans l’architecture, il n’y a guère de limites à la fantaisie : les façades s’ornent de noms qui évoquent la mer, les fleurs, parfois de prénoms féminins, de jeux de mots qui disent le rêve d’une famille… et certains noms restent énigmatiques.













J’espère que mes deux articles vous ont donné envie de découvrir par vous-mêmes les villas balnéaires autour de Saint-Nazaire. Promenez-vous les yeux ouverts, dans les stations balnéaires que j’ai citées, mais aussi dans d’autres localités du littoral, il a parfois de belles surprises. Pour en savoir plus :
> Dans mon premier article j’ai listé les liens vers les visites guidées et/ou avec un plan à télécharger, proposées par les offices de tourisme.
> En librairie ou dans les offices de tourisme vous trouverez facilement des ouvrages sur l’histoire des stations balnéaires et les villas.
> Enfin ces trois sites web dédiés au patrimoine balnéaire vous offrent beaucoup de contenus intéressants, aspects historiques et architecturaux, anecdotes, cartes postales et photos anciennes : La Baule Sépia 1879 – 1939 ; Histoire et histoires de Pornichet ; Patrimoine balnéaire de Pornic.
Laisser un commentaire