Une Loire sans châteaux

Passer une semaine en Val de Loire sans visiter un seul château ? Mais oui, c’est possible ! Et à aucun moment je n’avais l’impression qu’il me manquait quelque chose…

En mai 2021, tout juste à la sortie du deuxième confinement, j’ai passé une semaine sur les bords de la Loire, aux confins de l’Anjou et de la Touraine (dans le Parc naturel régional Loire Anjou Touraine justement). COVID oblige, les lieux de visite, ainsi que les cafés et restaurants, étaient encore fermés. Ce serait donc « une Loire sans châteaux ». Or sans faire beaucoup de kilomètres, chaque jour apportait découvertes et surprises dans une région que je croyais pourtant déjà connaître.

Quelques châteaux vus de l’extérieur, comme Montsoreau et Villandry (où nous aurions pu visiter les jardins, c’est vrai)…

… mais sinon l’essentiel cette semaine-là était ailleurs. Voici mes coups de cœur, pas forcément spectaculaires, mais qui pour moi sont indissociablement liés à cette magnifique Loire.

Les petites villes blanches

Nous étions à quelques kilomètres seulement de Montsoreau et de sa sœur presque jumelle, Candes-Saint-Martin. Quel plaisir de se balader dans les ruelles, entre les façades blanches et grises du tuffeau, la pierre typique de la région, guettant les détails, les échappées vers le fleuve… Très fleuries, ces petites villes semblent vouer un véritable culte aux iris et aux rosiers.

Un peu plus loin, la ville de Chinon sur les rives de la Vienne fait partie du périmètre « UNESCO » du Val de Loire. Entre la forteresse royale et les rues médiévales, on voyage à travers les siècles. Jeanne d’Arc nous attend sans doute au détour d’une ruelle…

Un vignoble pas comme les autres

Dans les régions viticoles, les noms mêmes des localités sont des promesses de plaisirs (à goûter avec modération bien sûr) : Saumur, Champigny, Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Chinon faisaient partie de notre environnement pendant cette semaine. Des promenades dans le vignoble s’imposaient…

… et nous ont permis de découvrir une vraie curiosité : le Clos d’entre les murs du Château de Parnay, une parcelle classée Monument historique ! Cette parcelle est entourée de hauts murs, et à l’intérieur sa surface est divisée en rangs parallèles par une série de murs. Il faut regarder de près pour voir que ces murs sont percés de trous, proches du sol. Les ceps d’une rangée sur deux sont plantés côté nord du mur, à l’ombre et dans la fraîcheur, et passent à travers les trous pour que le raisin s’épanouisse de l’autre côté, au soleil, et en profitant de la chaleur emmagasinée par le mur en pierre (tuffeau et calcaire lacustre). J’imagine que les connaisseurs s’arrachent les 2 500 bouteilles – maximum – produites chaque année dans cette parcelle unique au monde.

Cette invention est due à Antoine Cristal, né à Turquant en 1837. Plusieurs rues dans des villages viticoles portent aujourd’hui son nom. Devenu vigneron à l’âge de 50 ans seulement (il mourra presque centenaire en 1931), il apportera de nombreuses innovations dans le travail de la viticulture et notamment une technique de greffes qui permettra de sauver le vignoble de la région après la catastrophe du phyloxéra (article détaillé très intéressant sur le site web du domaine Château de Parnay).

Les moulins caviers

Décidément, ici on n’aime pas faire comme tout le monde : les superbes moulins qui ponctuent le vignoble ici et là ne ressemblent à aucun autre. Ce sont bien des moulins à vent, mais d’un modèle spécifique, des moulins caviers, typiques de cette région entre Anjou et Touraine. La cavité qui a donné son nom aux moulins, et qui abrite une grosse meule, est surmontée d’un support conique en tuffeau, le massereau, comme on le voit bien ici, avec le moulin de La Tranchée (Montsoreau)

… et là-dessus est posée la hucherolle, un petit édifice tout en bois qui supporte les ailes et contient le mécanisme de transmission du mouvement des ailes (moulin de La Herpinière, Turquant).

Les moulins caviers du Saumurois datent pour la plupart du XVIIe siècle. C’est le cas aussi pour ces vestiges de moulins très impressionnants à Chouzé-sur-Loire, classés monuments historiques pour leur qualité architecturale, ethnologique et historique. Quand on ne connaît pas les moulins caviers, on reste perplexe devant ces structures !

Le patrimoine religieux

Le Parc naturel régional Loire Anjou Touraine abrite un grand nombre de monuments religieux extraordinaires. Heureusement, ceux-ci n’étaient pas concernés par les mesures de fermeture dans le cadre du COVID, nous avons donc pu visiter et admirer plusieurs églises ou prieurés.

La collégiale Saint-Martin à Candes rappelle que c’est ici qu’est mort Saint-Martin de Tours, en l’an 397. L’église que l’on voit aujourd’hui a été construite entre 1175 et le milieu du XIIIe siècle. Elle est ornée d’innombrables sculptures et présente un porche monumental vers lequel on monte en plein cœur du village.

Mais nous avons également trouvé des trésors dans des lieux d’apparence très modeste, comme l’église Saint-Martin à Lignières-de-Touraine, petite commune de 1 300 habitants. En 2009, la restauration de l’église a permis la redécouverte d’un magnifique ensemble de fresques de l’époque médiévale.

Ou encore, quelques kilomètres après Chinon, ces vestiges de l’ancien prieuré Saint-Léonard, à Ile-Bouchard. La finesse et la richesse des sculptures donnent une idée de la splendeur de ce vaste prieuré, construit à la fin du XIe siècle et dont ne subsistent que les ruines du chœur de l’église.

Celle que j’aime entre toutes, c’est l’église prieurale Notre-Dame de Cunault, dans le commune de Chênehutte-Trèves-Cunault, entre Saumur et Angers. Véritable chef d’œuvre de l’art roman, cette grande église qui a été érigée aux XIe et XIIe siècles, est à la fois austère et lumineuse. Ses trésors ? Des peintures murales, pas moins de 223 chapiteaux sculptés et la châsse de Saint-Maxenceul, fondateur du monastère de Cunault au IVe siècle. Le temps ici se mesure en millénaires…

Les troglodytes

Pour vivre heureux, vivons cachés… ou plutôt vivons abrités dans la falaise ! Cela aurait pu être la devise des constructeurs des habitations troglodytiques dans cette région. Dès le Moyen-Age, les innombrables galeries creusées dans les falaises pour l’extraction du tuffeau ont été en partie « détournées » par les habitants qui s’y installaient, bien au sec et en sécurité.

Plus récemment, certaines galeries troglodytiques ont été transformées en champignonnières, d’autres servent de caves à vin très appréciées car la température y est constante. A Turquant, c’est tout un village d’artisans d’art qui s’est installé dans ces galeries. Hélas, lors de notre passage tout était encore fermé pour cause de COVID.

A Souzay-Champigny existe toute une rue souterraine, surnommée la Rue du Commerce : ici s’alignaient autrefois des échoppes, ateliers et commerces dont certains étaient encore actifs au début du XXe siècle, un véritable centre commercial troglodytique ! Comme ce lieu est quasiment en plein air, nous avons pu le parcourir, toujours sur le qui-vive toutefois car l’itinéraire de La Loire à Vélo passe en plein milieu, et certains cyclistes avaient un peu tendance à prendre toute la place.

Et bien sûr… la Loire !

Oui, bien sûr la Loire que j’aime tant découvrir sous toutes ses facettes. Une semaine en bord de Loire, c’est royal ! Avec ou sans châteaux… Que de lumières et ambiances différentes, et ce dans un tout petit rayon autour de Varennes, Montsoreau et Chouzé-sur-Loire (sous un ciel malheureusement souvent bien chargé pendant cette semaine).

Des lieux magiques, comme à Candes-Saint-Martin où la Loire accueille les eaux de la Vienne…

… ou tout simplement un coucher de soleil sur le fleuve. Décidément, je ne m’en lasserai jamais.

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