Suite et fin de mon Abécédaire italien. Ce troisième volet va de Q comme Quartiers à Z comme ZTL. Les liens vers les volets 1 et 2 se trouvent tout en bas de la page.
Quartiers
Les quartiers dans les villes historiques en Italie (y a-t-il beaucoup de villes qui ne sont pas historiques ?) ont souvent une identité forte. A Sienne, les quartiers, les contrade, s’affrontent deux fois par an lors des célèbres courses équestres du palio, en pleine ville (découvrez la vie des contrade et les enjeux du pallio dans cette vidéo). A Venise, les quartiers s’appellent sestieri. Il y en a six et ils sont représentés symboliquement par six barres horizontales sur le ferro di prua, à la proue des gondoles. La septième barre, celle qui pointe dans l’autre direction, représente l’île de la Giudecca (dont je vous ai parlé dans le volet 2 de cet abécédaire). Les trois symboles en pointe entre les barres, que l’on voit sur certaines gondoles, représentent les principales îles de la lagune, Murano, Burano et Torcello.

Dans d’autres villes, certains quartiers sont connus pour leur richesse architecturale et patrimoniale, comme l’Oltrarno à Florence avec ses églises, monastères et palais dont le célèbre Palazzio Pitti et les non moins célèbres Jardins du Boboli. A Rome, le Trastevere, ancien quartier populaire (photo ci-dessous), est aujourd’hui considéré comme pittoresque, authentique, sans doute un peu bobo… En tout cas, un îlot de paix tôt le matin.

A Naples, les quartiers populaires au cœur de la ville sont restés populaires, déployant toute la théâtralité de ce que l’on attend de la vie napolitaine : du linge partout, des habitants qui s’interpellent d’un balcon à l’autre, de vieilles dames qui regardent passer la vie, assises sur une chaise devant la maison…






Ces ruelles qui se faufilent entre les immeubles avec leurs bassi, minuscules habitations jadis tout à fait misérables, ont longtemps traîné une mauvaise réputation. Notamment les quartieri spagnoli, ou quartiers espagnols, datant du 15e siècle pour y loger les garnisons espagnoles (le royaume de Naples appartient alors à la Couronne d’Epagne). Je m’y suis promenée de jour sans aucun sentiment d’insécurité, mais je ne sais pas si de nuit l’ambiance dans certains coins est aussi bon enfant.
Religion
Beaucoup d’Italiens sont très attachés à la religion catholique. Dans toutes les villes que j’ai pu visiter j’ai trouvé un nombre impressionnant d’églises et de chapelles. Mais la religion déborde aussi littéralement dans la rue avec d’innombrables autels privés sur les façades de maisons…






… et parfois des processions, même en dehors des jours fériés.

A Naples, ville qui comporte environ 450 bâtiments religieux, même le street art s’y met, avec cette grande fresque qui rend hommage à San Gennaro, saint patron de la ville.

Mais… San Gennaro a un sérieux rival à Naples. Un culte au moins aussi fervent est voué à Diego Maradona, le footballeur d’origine argentine (1960 – 2020) ! Héros du foot napolitain, il a fini par incarner une certaine fierté et identité napolitaine, et on croise son portrait littéralement partout, sous toutes les formes.




Souvenirs
Comme dans tous les sites touristiques, les marchands de souvenirs s’en donnent à cœur joie dans les centre-villes et aux abords des monuments. Magnets pour le frigo, une pigna sicilienne en porte-bonheur pour la maison, des casquettes, t-shirts, torchons ou nappes… et l’incontournable limoncello !






Bien sûr il y a aussi un artisanat traditionnel de grande qualité en Italie, par exemple le vrai verre de Murano,

les vrais masques vénitiens, fabriqués encore à la main dans quelques ateliers disséminés dans la ville,

ou ces marionnettes, les fameux puppi siciliens, que j’ai vues à Syracuse où elles sont fabriquées et vendues dans un atelier traditionnel.

Un souvenir gastronomique ? Sur les emballages de ces pâtes, des photos de gondoles ou du David de Michelangelo vous rassurent : c’est de la pasta « typiquement italienne » !

Témoins

C’est peu de dire que l’Italie est un pays d’histoire. L’histoire est omniprésente, à travers des vestiges, des édifices religieux vieux de mille ans ou plus, des bâtiments de la Renaissance, mais aussi de façon plus prosaïque. A Palerme, dans les vieux quartiers, des panneaux de rue trilingues (italien, hébreu et arabe) rappellent l’histoire mouvementée de la ville et les cultures qui s’y sont croisées.
Au détour d’une ruelle napolitaine je suis tombée en arrêt devant cette petite merveille architecturale, un peu fatiguée il est vrai. C’est le Palazzo Marigliano, construit en 1512/13 par la riche famille des Capua. Aujourd’hui c’est une maison d’hôtes très chic après avoir abrité pendant longtemps le siège de la Soprintendenza archivistica e bibliografica della Campania (les archives de la région de Campanie). Attention, la photo ne représente que l’envers du palazzo, la cour, je n’ai pas vu la façade principale qui doit être assez impressionnante…

Parfois l’histoire semble prendre vie sous nos yeux, à travers un portrait, un détail inattendu, un personnage… Je pense à cette jeune femme qui nous regarde sur une fresque de la Villa des Mystères à Pompéi, ou encore les dizaines de scènes de vie quotidiennes peintes au 18e siècle sur des faïences dans le sublime cloître de Santa Chiara, à Naples.



UNESCO
En 2024, l’Italie était le pays avec le plus de biens (culturels, naturels, immatériels…) inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’an dernier, le pays comptait 60 biens inscrits, devançant la Chine (56) et la France (53). Ces chiffres changent assez souvent, avec de nouveaux biens inscrits. Et comme chaque bien se décline en plusieurs lieux, le chiffre anodin de « 60 biens » se traduit en fait par une multitude invraisemblables de sites inscrits. Lors de mon voyage d’un mois en septembre 2024, chacune des dix villes étapes comportait au moins un, souvent plusieurs sites classés patrimoine mondial !
Pour illustrer cette rubrique, j’ai sélectionné quelques images d’un lieu merveilleux dont, je l’avoue, je ne connaissais même pas l’existence avant mon voyage. Il s’agit de Paestum, un vaste parc archéologique près de Salerne, au sud de Naples. Ce lieu a été fondé en 600 avant notre ère par les Grecs sous le nom de Poséidonia avant de devenir colonie romaine (3e siècle avant J.C.) et être rebaptisé Paestum. On se promène entre trois grands temples grecs et les vestiges de nombreux bâtiments publics surtout de l’époque romaine.






Un musée remarquable complète la visite. J’avais l’impression de me trouver dans une bulle hors du temps, d’autant plus qu’ici on est loin des foules de visiteurs de Pompéi… bref, le bonheur !



Vues
Saviez-vous que lorsque pendant votre voyage en Italie vous prenez des photos de vues « classiques », comme par exemple la place Saint-Marc à Venise, vous vous inscrivez dans une tradition picturale appelée le védutisme ?

La veduta (« vue ») désigne la représentation, en perspective, d’un paysage surtout urbain. Elle a certes été inventée par des peintres flamands au 17e siècle, mais a pris un essor extraordinaire à Venise au 18e siècle, avec des peintres comme Canaletto. Tous les voyageurs, du moins les plus fortunés, voulaient ramener des vedute pour raconter leur voyage. C’était en quelque sorte la carte postale de l’époque (en savoir plus en cliquant ici). Les sites de Rome et Naples, d’autres incontournables du « Grand Tour » du 18e siècle, constituaient également des motifs de préférence pour les peintres vedutistes… tout comme aujourd’hui pour nos appareils photos et téléphones.


Week-end
Quand on établit un abécédaire, on bute sur des lettres difficiles (enfin, plus ou moins selon les langues). Mais je voulais un A à Z complet pour mon tour d’horizon italien, quitte à faire quelques « acrobaties » que vous me pardonnerez, j’espère ! Donc, voici « W comme week-end » pour vous parler… des plages privées italiennes, partant du principe que les Italiens, comme nous, aiment partir en week-end et particulièrement au bord de la mer. Or le paysage balnéaire italien se caractérise par la multitude des plages privées qui représenteraient un peu plus de la moitié des plages, mais jusqu’à 70 % dans certaines régions très prisées. On les reconnaît de loin à leurs rangées quasi-militaires de transats et de parasols sur la plage, comme sur ces plages à Amalfi.

Alors, combien ça coûte ? En exemple de prix, j’ai vu pour une plage près de Naples 10 euros par lettino (chaise longue) et 8 euros par ombrellone (parasol), cela fait quand même 28 euros par jour pour deux… et ce n’est pas le plus cher. Le prix moyen constaté en été 2025 se situe entre 32 et 35 euros par jour mais cela peut grimper jusqu’à 80 ou 90 euros dans des établissements chic, et semble-t-il 120 euros sur certaines plages en Sardaigne. Je n’ai pas vu les prix des plages sur la côte amalfitaine, mais on peut imaginer qu’elles ne se situent pas dans la fourchette la plus basse. A l’arrivée en bateau, on voit non seulement la magnifique silhouette d’Amalfi mais aussi plusieurs plages privées alignées sur le front mer.



Sur la photo ci-dessus (toujours à Amalfi), deux plages bien différentes se côtoient. Au premier plan c’est certainement une plage publique. Aucune des deux ne me fait vraiment rêver…
XXL – fontaines monumentales
Même remarque que pour le w, le x est une lettre difficile à caser dans un Abécédaire français. Avoir recours au « XXL » est une solution de facilité, je l’admets. Mais je n’en suis pas mécontente car cela me permet d’évoquer deux exemples de fontaines monumentales, toutes les deux à Rome (qui en compte bien d’autres, évidemment).
Laisser une trace, la plus imposante possible : combien de grands de ce monde, que ce soit un seigneur local, une riche famille ou un pape, n’ont eu cette obsession et ont fait construire châteaux, tours, tombeaux monumentaux ou justement des fontaines. Peut-être la plus célèbre est la Fontana di Trevi, à Rome. Elle a été commandée par le pape Clément XII, au 18e siècle, dans le style baroque. La fontaine marque le lieu d’arrivée de l’aqueduc romain de l’Aqua Virgo, mis en service en l’an 19 avant J.C. L’ensemble monumental, inauguré en 1762, se présente comme un paysage maritime onirique, avec sa falaise rocheuse, des divinités, des animaux, des plantes… Et c’est toujours l’aqueduc romain qui alimente la fontaine !


Si la Fontana di Trevi est, de nos jours, un peu « coincée » en pleine ville, la Fontana dell’Acqua Paola, quant à elle, trône fièrement en haut de la colline du Janicule. Cette fontaine sous forme de portique, aussi connue comme Il Fontanone (« la grande fontaine »), a été construite en 1612. Elle aussi marque l’arrivée d’un aqueduc romain ; celui-ci, construit sous le règne de Trajan, date de l’an 109 de notre ère. Le nom de « Fontaine de l’eau de Paul » provient du pape Paul V qui avait commandé sa construction pour fêter la restauration de l’aqueduc.

Yachts
De nombreux ports méditerranéens accueillent des yachts, plus ou moins grands et clinquants. Je n’étais donc pas surprise plus que cela de voir ces yachts amarrés à Syracuse, en Sicile, le long d’une promenade agréablement ombragée.

Mais leur présence me laissait une drôle d’impression. Dans le port, à quelques dizaines de mètres de là, je venais de voir deux grands bateaux humanitaires. Humanity 1, un navire allemand, et Ocean Viking, affrêté par SOS Méditerranée, sont connus pour leurs opérations d’assistance et de sauvetage en Méditerranée. La mer n’est pas vécue de la même manière par les uns et les autres…

ZTL

J’ai commencé mon Abécédaire italien par une entrée que j’espère agréable, « A comme apéro » (voir dans le 1er volet), mais je vais le conclure sur une note plus… disons fâcheuse. Je parle de la ZTL, zona a traffico limitato. Dans les centres des villes italiennes, ces zones à trafic limité sont nombreuses et souvent parfaitement justifiées. C’est tout à fait normal d’interdire ou de limiter l’accès des véhicules dans des quartiers anciens aux ruelles étroites, mais les panneaux se font parfois très discrets. D’accord, celui que j’ai pris en photo est bien visible mais peu compréhensible pour un touriste, n’est-ce pas ? On peut entrer dans une ZTL sans s’en rendre compte et hop, une caméra, elle aussi discrète, a déjà enregistré votre plaque. Même si vous faites tout de suite demi-tour, c’est trop tard, et le PV, d’après ce que j’ai lu, vous sera envoyé directement chez vous, que vous résidiez en Italie ou à l’étranger.
Alors le mieux c’est de garer la voiture à la périphérie et d’explorer les centre-villes à pied. Tellement plus facile et sympa !
A lire aussi les deux premiers volets de mon Abécédaire italien :