M comme… marée basse

La marée basse a mauvaise presse : la mer « n’est pas belle », on ne peut pas se baigner, il y a des rochers où l’on peut se blesser, de la vase où l’on risque de se salir, peut-être même de s’enliser… bref, vivement que la mer remonte ! Et pourtant, une promenade par marée basse est une autre façon de vivre le bord de mer, et qui permet de belles découvertes. Des preuves ? En voici quelques-unes, en toute subjectivité, comme toujours.

1 – Sortir son appareil photo pour le jeu du « marée basse – marée haute ». Si vous passez régulièrement à certains endroits sur la côte, amusez-vous à faire attention à la marée et à tout ce qui change alors. Sur le littoral en bordure de l’océan Atlantique, les différences entre basse mer et pleine mer sont souvent assez importantes et très visibles. Par exemple sur ces deux photos du même endroit, prises à des moments différents depuis le chemin des Douaniers à Pen-Bé (Assérac).

A Saint-Nazaire même, il y a des endroits qui se prêtent particulièrement bien à ce petit jeu. Voyez par exemple, dans l’avant-port, « le pied », ce pied gigantesque en béton qui fait partie d’un triptyque : soit il repose sur le sable, soit il prend… un bain de pied !

Toutes les six heures, au rythme de la marée, le phare de Villès-Martin change d’environnement:

Même jeu pour les pêcheries du front de mer :

Par fort coefficient, les différences sur une plage peuvent être spectaculaires. Hier, le 24 novembre, j’ai profité de marées à coefficient 94 (matin) et 96 (après-midi) pour faire une série de photos sur la plage de Ker-Villès. Avec cette grande marée, l’eau s’était retirée très loin le matin, et six heures plus tard, au plus fort des « vives eaux », il n’y avait plus de plage. Si ces chiffres ne vous disent rien, sachez que le plus fort coefficient est 120 et qu’il est très rare (il se produit environ tous les 18 ans semble-t-il).

2 – Profiter de la marée basse pour longer la côte par la plage en contournant, les pieds au sec, des promontoires battus par les vagues à marée haute. Pour une fois on délaisse la chemin des Douaniers !

3 – Explorer des rochers qui d’habitude sont sous l’eau. Regardez comme ils sont colonisés par des milliers de mollusques à coquilles, des moules, des berniques et bien d’autres, souvent envahis à leur tour par d’autres coquillages minuscules.

4 – Chausser les bottes pour une partie de pêche à pied. Lors des grandes marées, lorsque la mer se retire encore plus loin, les rochers et flaques d’eau qui se découvrent sont le royaume des pêcheurs à pied. Attention, cette pêche est strictement réglementée concernant le volume et la taille des prises, les outils autorisés, les périodes, les zones etc.

5 – Observer les oiseaux : pour eux, la marée basse se traduit par une abondance alimentaire, très appréciée par des limicoles comme les barges à queue noire, hautes sur pattes, au bec long et fin, et également les mouettes et goélands.

6 – Regarder ce qui se passe avec le sable. De nouveaux paysages se dévoilent. Ici le sable est raviné par la marée descendante…

… là, il semble onduler comme si vagues et vaguelettes avaient tenu à lui imprimer leur mouvement avant de se retirer pour quelques heures…

… et ailleurs des couleurs et des textures racontent les différents moments des marées.

Profitez-en pour jeter un coup d’œil sur la laisse de mer, en haut de la plage, à la limite supérieure des eaux. C’est ce que l’océan laisse sur le sable après la marée haute : une accumulation de débris naturels (algues, coquillages, bois, plumes, végétaux…) et de déchets d’origine humaine. La laisse de mer constitue un véritable écosystème, elle sert d’habitat et est à la base d’une chaîne alimentaire spécifique.

7 – Regarder la vase… de loin. La vase, que j’ai mentionnée en début de cet article, est bel et bien présente à certains endroits. Dans l’embouchure de la Loire, la fameuse vasière de Méan couvre une large zone au pied du pont de Saint-Nazaire et immobilise même les petits bateaux du port de Méan, en attendant que l’eau remonte.

Ou encore dans la baie de Bourgneuf : le jour où je l’ai vue à marée basse, elle ne semblait être qu’une étendue de vase, donnant presque l’illusion de pouvoir atteindre Noirmoutier à pied.

8 – Faire un tour à Pornichet pour une vue insolite : des dizaines de voiliers couchés sur le flanc dans le port d’échouage, voisin du port de plaisance moderne. La hauteur d’eau d’un port d’échouage par marée basse est insuffisante pour que les bateaux puissent continuer à flotter, ils reposent donc tout simplement sur le fond.

9 – Découvrir de vrais trésors… et se dire que la nature a vraiment plus d’un tour dans son sac ! Le jour où j’ai vu ces « choses » recouvrant des rochers bas dans le secteur d’Assérac, j’étais très intriguée.

Et encore plus quand je les ai regardées de plus près : des structures visiblement construites, grain de sable par grain de sable ; mais par qui ? Renseignements pris, il s’agit là d’une colonie d’hermelles, des vers marins qui vivent dans ces tubes en effet construits par eux-mêmes et qui forment des « pseudorécifs ». Les tubes, en sable et fragments de coquillages, sont littéralement collés les uns aux autres grâce à une sécrétion du ver. Il n’est d’ailleurs pas le seul locataire de ces massifs puisque toute une microfaune vient s’y nicher et nourrir. Un trésor de biodiversité à protéger absolument !

10 – Se promener sur les plages de Saint-Brevin et Saint-Michel-Chef-Chef. Les plages du Sud-Loire sont très ouvertes et peu profondes, et je trouve que la marée basse leur va très bien.

Attention quand même au monstre, le fameux serpent d’océan de l’artiste chinois Huang Yong Ping qui semble sortir de l’eau et ramper sur le sable à marée basse !

11 – Profiter de la marée basse pour admirer le ciel ! Grâce à la fine pellicule d’eau qui parfois reste sur la plage, le sable devient un miroir surdimensionné pour le ciel dans tous ses états !

12 – Faire une déclaration d’amour qui durera… le temps d’une marée !


La marée est un phénomène naturel qui concerne toutes les mers du globe (pour connaître les horaires de marée à Saint-Nazaire avec les coefficients et les hauteurs d’eau, cliquez ici). Pour simplifier : la marée, donc le mouvement des océans et des mers qui montent et qui descendent régulièrement et de façon permanente, est le résultat de l’attraction que la lune et le soleil exercent sur la mer. La rotation de la terre, qui génère une force centrifuge, joue également sur ce mouvement. Selon la position de la lune et du soleil par rapport à la terre, la marée est haute ou basse. J’ai bien dit « pour simplifier », car en réalité c’est bien plus complexe. – Contrairement à ce que l’on dit parfois, le phénomène de marée existe aussi en Méditerranée, mais la différence entre basse mer et pleine mer est à peine visible, contrairement aux côtes atlantiques. – C’est sur les côtes de la Manche que l’on peut d’observer les plus grandes marées d’Europe. A Saint-Malo, le phénomène des grandes marées est particulièrement impressionnant, avec des vagues déferlant sur les quais ; c’est même devenu un argument touristique. Et en ce qui concerne le Mont Saint-Michel on connaît tous le dicton d’après lequel la marée revient « à la vitesse d’un cheval au galop ».


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