Dans ma première carte postale consacrée à Saint-Marc-sur-Mer je vous ai parlé du Saint-Marc balnéaire. C’était déjà une carte bien remplie ! Et il me reste tellement de choses à raconter… ne serait-ce que pour préciser qu’il y avait bien une vie ici avant la construction des chalets et villas dont je parlais dans le premier article.
Vignes et goémon
Le village d’origine était composé de plusieurs hameaux et de fermes. Dans le bourg, les maisons n’étaient pas du tout orientées vers la mer, milieu considéré comme hostile, mais se blottissaient en contre-bas, comme on peut encore le constater aujourd’hui depuis la Butte du Château (même si pour la plupart ce ne sont plus les mêmes maisons). Ce n’est qu’avec la construction des villas que la « vue sur mer » devenait une valeur sûre.

L’agriculture était l’activité principale à Saint-Marc. Dans les années 1900, il y avait 40 à 50 fermes familiales, chacune avec quelques vaches, des champs et des vignes. Oui, des vignes : à peu près un quart des terres agricoles, notamment sur les coteaux exposés plein sud, était recouvert de vignes. Les vins, rouges et blancs, étaient avant tout destinés au marché local et un négociant achetait l’éventuel surplus de récolte. Les fermiers étaient aussi des goémoniers puisqu’à marée basse ils ramassaient sur la plage du goémon, diverses algues marines, pour amender les terres très sablonneuses. L’activité était pratiquée pendant tellement longtemps et de façon tellement soutenue que les brouettes et chariots ont creusé des sillons dans les rochers sur certaines plages.
J’ai pris la photo ci-dessous à marée basse dans le secteur où on est censé voir ces ornières ; mais je ne suis pas sûre si elle représente vraiment un de ces cheminements, je n’ai pas pu me le faire confirmer à 100 %… si vous en savez plus, merci de partager vos connaissances dans les commentaires (ou contactez-moi ici).

Un curé poète
La croix sur le parking qui domine la plage et le belvédère de Monsieur Hulot est tout ce qui reste d’une ancienne chapelle, dédiée à Saint-Marc, qui datait au moins du 17e siècle. La chapelle et sa fontaine dont l’eau était réputée guérir les maladies des yeux attiraient les croyants de plusieurs kilomètres à la ronde. Le 25 avril, jour de la fête de Saint-Marc, de nombreux Nazairiens venaient en pèlerinage… à pied, ce qui représente environ 8 kilomètres depuis le centre ville.
Devenue vétuste et trop petite avec l’afflux d’estivants vers la fin du 19e, la chapelle fut démolie et remplacée par une église qui accueillit les fidèles à partir de 1889. Mais celle-ci n’a pas été construite au même endroit ; entre-temps la place en hauteur, avec sa vue privilégiée sur l’océan, était devenue le centre d’attraction du village affirmant de plus en plus son aspect balnéaire. L’église se trouvait donc « reléguée » un peu plus loin.



Un mot sur l’Abbé Guisnel, curé de Saint-Marc de 1927 à 1953. A ses heures perdues il écrivait des poèmes et des chansons vantant les charmes de Saint-Marc-sur-Mer, n’hésitant pas à faire ce qu’on appellerait aujourd’hui de la publicité comparative :
Pornichet n’est pas sans délice, d’Escoublac j’aime les sapins,
on peut aussi, c’est un caprice, se plaire à la Baule les pins
Quand je vais là-bas, bientôt je suis las.
J’aime mieux, Saint-Marc et sa plage, sa jetée au bout du rocher
J’aime mieux le gai paysage, entourant son joli clocher.
Les hauts de Saint-Marc
C’est ainsi que l’on surnomme la campagne de Saint-Marc, dans les terres. Nom bien choisi car on se trouve ici aux points les plus élevés de Saint-Nazaire : on atteint une quarantaine de mètres ! Cette altitude a peut-être de quoi faire sourire mais c’était suffisamment haut et exposé aux vents pour y faire tourner un moulin à vent. Le moulin des Rochelles, qui a fonctionné de 1864 à 1915, était visible de loin à tel point qu’il servait d’amer pour les navires dans l’estuaire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le moulin désaffecté a même été occupé par les Allemands pour l’excellente visibilité de l’estuaire qu’il offrait.
Même s’il a perdu ses ailes et a été rattrapé par de nouveaux quartiers bénéficiant d’un environnement très agréable, le moulin est toujours là ! Lors d’une balade sur l’itinéraire du Val de la Courance que je vous présente dans mon article V comme… vert, il suffit d’un petit crochet pour admirer ce moulin qui était en activité de 1865 à 1915.

Un autre monument, bien plus vieux, vous attend également dans cette partie de Saint-Marc-sur-Mer. Ce sont des vestiges datant du néolithique que vous pouvez voir sur une petite butte, route du Cromlech, tout près de l’intersection avec la route de Saint-Sébastien. Ces vestiges ont longtemps été considérés comme un cromlech, mot qui désigne un cercle de pierres, mais selon des travaux plus récents il s’agit sans doute des restes d’un grand dolmen, certainement visible de loin.

Et toujours dans les hauts de Saint-Marc, on voit que l’agriculture n’a pas complètement disparu. Deux grandes fermes bio, Les Pouls-Hauts et Entre Chèvres et Choux, en apportent la preuve. Toutes deux vous ouvrent leurs portes puisque chacune de ces deux exploitations a son propre magasin de ferme pour la vente directe de ses productions et d’autres produits locaux. Entre Chèvres et Choux organise aussi des visites guidées de la chèvrerie et la fromagerie.

Je ne sais pas s’il reste d’autres fermes sur le territoire de Saint-Marc, là aussi n’hésitez pas à partager vos connaissances dans les commentaires.
Un estuaire sous haute surveillance
Les vues les plus spectaculaires sur l’embouchure de la Loire, côté rive nord, s’offrent dans le secteur de Saint-Marc, et notamment aux pointes de Chemoulin et de l’Eve. On se rend compte à quel point l’embouchure d’un fleuve est un endroit stratégique, à la fois une porte ouverte vers le large mais aussi un boulevard pour des « visiteurs » indésirables. Ainsi, au 9e siècle, c’est en remontant les estuaires que les Vikings lançaient leur raids destructeurs sur des villes (dont Nantes en juin 843), villages et monastères.

Au fil des siècles et des conflits divers, des fortifications ont été installées de part et d’autre du fleuve. A Saint-Marc on peut encore voir des restes d’un important fort du 19e siècle, en partie taillé dans la falaise à la Pointe de l’Eve. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le site a été en partie utilisé et réaménagé par les Allemands. Sur la photo on aperçoit des ouvertures et murs de l’ancien fort et au-dessus, en haut de la falaise, un des blockhaus allemands (avec un faux pignon) qui faisaient partie du Mur de l’Atlantique.

La présence allemande a été très forte à Saint-Marc-sur-Mer pendant la Seconde Guerre mondiale. En plus des fortifications et des blockhaus sur la côte, l’occupant construisit tout un dispositif de surveillance et de défense en plein bourg. A côté du « château » s’élève une tour de guet, flanquée d’un bâtiment pour les officiers. Le cœur stratégique de ces installations est toutefois caché aux regards ; il s’agit d’un gigantesque bunker enterré, véritable central d’opérations. Par ailleurs de nombreuses villas furent réquisitionnées.


Aujourd’hui, c’est la Marine Nationale qui veille sur l’estuaire depuis un sémaphore construit au-dessus de l’ancien fort, à l’extrémité de la pointe de Chemoulin. Le sémaphore a pour principale mission la surveillance et le contrôle du trafic maritime et, le cas échéant, le déclenchement des procédures d’alerte. On y recueille également des données météorologiques. Au moment d’une forte tempête, les Nazairiens ont l’habitude de se référer au sémaphore : « plus de 120 km/h à la pointe de Chemoulin, ça a bien soufflé ! ».

Canot et canon

Ici, entre estuaire et océan, surveillance rime aussi avec sauvetage en mer. Dès 1867 Saint-Marc disposait d’un poste de sauvetage, avec son canot et… son canon ! Ce petit canon pointé vers la mer, installé aujourd’hui entre le belvédère de Monsieur Hulot et le début du chemin de la corniche, est un ancien canon de l’armée française du début du 19e siècle. Une fois « démilitarisé », il a été mis au service du sauvetage en mer, servant de lance-amarres et de signal sonore d’alerte en cas d’un navire en difficulté dans l’estuaire.
Même la jetée de la plage est liée à la sécurité en mer : si elle a été construite en 1875, c’était avant tout pour assurer la sécurité du canot de sauvetage lors des mises à l’eau. Depuis, la jetée a été malmenée par plus d’une tempête hivernale et subi des dégâts parfois importants. Alors que j’écris cet article (été 2024), elle est fermée au public depuis 2019 pour d’importants travaux de restauration et de consolidation.

Bons baisers…
Je me rends compte que ma deuxième carte postale a bien débordé, elle aussi. J’arrête donc là mon petit tour d’horizon de Saint-Marc-sur-Mer, station balnéaire… mais pas que ! Les experts me diront que même en deux volets, l’histoire est encore loin d’être complète, et ils ont tout à fait raison. J’espère simplement vous avoir donné envie de découvrir par vous-même cette partie de Saint-Nazaire en vous y promenant, et pour en apprendre plus, je vous indique quelques pistes en bas de la page.
Pour finir je vous propose une promenade incontournable : le chemin des Douaniers, bien sûr, le fameux GR34 ! Il longe toute la côte nazairienne et fait partie intégrante des attraits de Saint-Marc-sur-Mer. Mais pour une fois je ne voulais pas privilégier les vues époustouflantes et le charme du chemin, j’en parle dans plusieurs autres articles de mon blog. J’avais envie de vous en montrer une autre facette : des gros plans sur des plantes, des fleurs, des couleurs… c’est parti pour un dernier diaporama !
Bons baisers donc de Saint-Marc-sur-Mer, et saluez le gorille pour moi ! Quoi, vous ne connaissez pas le gorille ? Vous le verrez obligatoirement…



Pour en savoir plus sur Saint-Marc-sur-Mer, n’hésitez pas à vous plonger dans ces ouvrages qui sont aussi mes principales sources :
Jean-Claude Chemin, Et Tati créa Monsieur Hulot, éd. Locus Solus 2019
Patrick Pauvert, Saint-Marc-sur-Mer, une si jolie petite plage…, dans Histoire et Patrimoine (association Patrimoine et Histoire de la Région Nazairienne), juillet 2023
Comme souvent j’ai trouvé des informations intéressantes dans Saint-Nazaire, Douze promenades pour découvrir son patrimoine, un ouvrage collectif de l’Université Inter-Ages de Saint-Nazaire (2012)
Si vous aimez comme moi explorer en marchant, je vous conseille les trois randonnées dans et autour de Saint-Marc-sur-Mer, dont vous trouvez la description sur le site de Saint-Nazaire Renversante : Dans les traces de Monsieur Hulot, une belle boucle de 13 km entre littoral et campagne qui vous fait passer entre autres par l’étonnant camp de la Torpille, ainsi que deux autres itinéraires plus courts, une boucle de 3,5 km et une de 5,4 km. Renseignez-vous aussi sur les visites guidées, les randonnées urbaines à la découverte de Saint-Marc-sur-Mer dont je vous avais déjà parlé dans le premier volet.
Et en mode promenade tranquille, suivez dans le centre de Saint-Marc les chemins du patrimoine en flânant de poteau en poteau pour y découvrir textes et illustrations, et le parcours sur les traces de Monsieur Hulot, matérialisé par des cabines de bain. Je vous ai présenté les deux dispositifs dans mon article sur les parcours thématiques.



















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