M comme… Méan-Penhoët

Un petit port, des chemins quasi-campagnards, un patrimoine inattendu, et surtout la proximité, ou plutôt l’intimité d’un des plus grands chantiers navals du monde : bienvenue à Méan-Penhoët, un des quartiers les moins connus de Saint-Nazaire.

Et pourtant il mérite largement d’être connu, il a même tellement de facettes que je me demandais comment vous présenter ce quartier sans vous lasser avec des textes interminables. J’ai donc opté pour un petit abécédaire (on ne se refait pas !). Exercice plaisant et frustrant en même temps, car pratiquement chaque point abordé pourrait donner lieu à un article entier… mais parfois il faut savoir se limiter. C’est parti !

Brivet

Le Brivet, dernier affluent de la Loire, forme la frontière avec Montoir-de-Bretagne, dont Méan et Penhoët faisaient partie avant d’intégrer la commune de Saint-Nazaire en 1865. C’est aussi sur le Brivet que vous trouvez le port de Méan. Difficile d’imaginer la grande activité qui régnait ici jusqu’à la fin du 19e siècle : départs et arrivées de navires de transport pour les produits régionaux comme la tourbe, le sel ou le vin (les douaniers n’étaient pas loin pour garder un oeil sur tout cela) ; et juste à côté, des chantiers navals très réputés, spécialisés dans la marine en bois. Ce sont eux qui ont fourni des ouvriers qualifiés pour les nouveaux chantiers qui allaient s’ouvrir à Saint-Nazaire à partir de 1862… le début d’une longue histoire ! Pour en savoir plus sur ces premiers chantiers, je vous conseille la visite du Musée de la Marine en Bois à Montoir, et puis l’Ecomusée de Saint-Nazaire pour la suite, la grande histoire de la construction navale à Saint-Nazaire.

Chantiers

Si aujourd’hui la construction navale, avec les paquebots les plus célèbres du monde, porte le nom de Saint-Nazaire dans le monde entier, c’est bien Penhoët qui était mis à l’honneur pendant plusieurs décennies. En effet, de 1881 à 1955, le principal chantier de construction s’appelait Chantier de Penhoët. Les paquebots transatlantiques légendaires des années 1920 et 30, comme Paris, Ile-de-France ou Normandie, étaient « made in Penhoët » ! La construction navale a été le poumon et le coeur du quartier de Penhoët, même si, dès le début, ce fut une activité en dents de scie, avec parfois des périodes creuses très dures et très longues. Actuellement les Chantiers de l’Atlantique, nés en 1955 de la fusion entre Chantiers de Penhoët et Chantiers de la Loire, connaissent une activité soutenue, avec notamment des paquebots toujours plus grands et innovants. Et un peu partout dans le quartier, l’activité est visible : ici une vue inattendue du « TGP », le très grand portique (voir mon article Trente-six vues du TGP), là une rencontre avec des engins mystérieux ou un paquebot qui joue à cache-cache…

Chemins

Des chemins un peu secrets sillonnent Méan-Penhoët : les chemins de brouettes. Je leur ai consacré mon précédent article avec de nombreuses photos.

Digue

Plus de 530 m de digue ont été aménagés sur le port de Méan, suite à Xynthia, la tempête catastrophique de 2010, afin de contenir la montée des eaux et les éventuelles vagues-submersion. On oublierait presque le but de ces aménagements, qui comprennent aussi des murets en béton et des barrières amovibles, tant la promenade ou le pique-nique y sont agréables.

Douches

Au coeur de Penhoët, à quelques mètres des halles, le bâtiment des Bains-douches publics date de 1924. Il a fourni eau chaude et bulles de savon pendant environ 80 ans aux habitants du quartier qui n’avaient pas « le confort » chez eux, aux ouvriers mal logés, aux gens du voyage… L’architecture est très soignée, mais malheureusement ce bâtiment qui est vide depuis plus de 15 ans, semble bien fatigué. Ce serait bien de le réhabiliter, je suis sûre que les habitants ont plus d’un projet qui pourrait se concrétiser là !

Eglise

L’église Saint-Joseph à Méan, de style néo-roman, a été inauguré en 1891. Par manque de finances (la construction était essentiellement couverte par des dons des paroissiens), l’église n’a jamais reçu de clocher. La municipalité du début du 20e siècle tenait visiblement à marquer ses distances : la rue qui mène à l’église a été nommé d’après Emile Combes, connu pour son anticléricalisme…

Eugénie

Sur la photo ci-dessous, Eugénie vous accueille dans l’entrée de la « menée Rosa », un des chemins de brouettes les plus connus à Méan. Eugénie est un des personnages que vous pouvez suivre à travers le quartier grâce à des promenades sur smartphone, créées par Saint-Nazaire Renversante, en partenariat avec les habitants, et mises en scène par la société Baludik. Téléphone en main, découvrez le quartier du début du 20e siècle en compagnie d’Eugénie, les années 1950 et la construction navale avec André ou encore les facéties du chat Marcel. Ouvrez l’oeil, car autour de vous, les personnages prennent vie, ici et là, sur les façades, grâce aux peintures au pochoir de Jinks Kunst (vous voyez l’artiste en pleine action sur la deuxième photo).

Fenêtres

Une autre façon de découvrir le quartier c’est de profiter des… fenêtres. Non, je ne vous incite pas à faire les indiscrets devant les fenêtres de habitants ! Je vous parle d’une forme de signalétique urbaine et historique très réussie, créée également par Saint-Nazaire Renversante. Mises en place depuis 2018, environ 15 « fenêtres » attirent le regard sur des bâtiments encore existants ou racontent ce qui se trouvait là avant. Les contenus ont été élaborés en partenariat avec les habitants qui connaissent les petites histoires de la grande histoire : pourquoi buvait-on parfois du café salé à Méan ? D’où vient le nom du Pré Gras à Penhoët ? Et la Voie américaine, c’était quoi… ? Vous pouvez télécharger la brochure Récits de quartier qui comprend un plan avec les emplacements de toutes les fenêtres.

Halles

Qu’elles sont belles, les halles de Penhoët dans le style Baltard (d’après l’architecte des halles de Paris) ! Ce marché couvert a une longue histoire puisque c’est le plus ancien édifice public de Saint-Nazaire qui est toujours utilisé. Construit en 1877 dans le centre-ville, devenu trop petit dans les années 1920, le bâtiment a été tout simplement démonté là-bas pour être remonté ici, dans le quartier de Penhoët. Le marché a lieu deux fois par semaine, le mercredi et samedi matin. Comme pour les Bains-douches, j’espère que la Ville saura faire le nécessaire pour redonner un peu de sa superbe à ce très beau bâtiment…

… et littéralement redorer le blason de Saint-Nazaire qui en orne la façade.

Maisons

Si vous partez à la découverte de Méan-Penhoët avec une idée préconçue de l’habitat d’un quartier ouvrier, vous aurez quelques surprises : on y retrouve effectivement des petites maisons ouvrières, mais l’habitat dans l’ensemble est très diversifié. Cela va de belles maisons bourgeoises 1900 à des constructions contemporaines aux formes épurées et aux couleurs douces, en passant par des immeubles des années 1950.

Et voici une belle grande maison que vous ne pourrez pas rater. Cette maison, qui se trouve pas loin du port de Méan, appartenait à un capitaine au long cours, Eugène Labour (1848 – 1917). L’architecture très élaborée dit bien le « standing » du propriétaire de l’époque (même si les couleurs ne sont pas d’origine). Vous avez vu la terrasse, posée sur le toit ? Le meilleur endroit pour guetter les navires qui rentrent au port !

Solex et street art

La maison de quartier de Méan-Penhoët est connue pour deux grandes activités : le vélosolex et la culture urbaine, avec le festival Bouge !. Cette année, en 2020, crise sanitaire oblige, le festival n’a pas pu se dérouler normalement, mais a quand même laissé des traces (superbes) : un collectif d’artistes graffeurs a pris en main la façade de la maison de quartier qui affiche fièrement la couleur !

Quelques centaines de mètres plus loin, allez voir ce mur à côté du terre-plein de Penhoët qui a également servi aux graffeurs lors de précédentes éditions du festival.

Quant au solex, je ne sais pas si la maison de quartier organise toujours des grandes sorties. Je me rappelle avoir entendu parler, il y a assez longtemps, d’expéditions invraisemblables sur la « bicyclette qui roule toute seule », et il me semble même qu’une année une équipe a tenté de rallier toutes les Saint-Nazaire de France !

Tintin dans la rue de Trignac

Eh oui, Tintin est passé à Saint-Nazaire ! Si vous ne connaissez pas votre Tintin par coeur : c’est dans Les 7 boules de cristal. Son parcours a été recréé et balisé par des agrandissements de vignettes de l’album, à l’initiative de l’association nazairienne Les Sept Soleils. Un de ces panneaux se trouve rue de Trignac : cette très longue rue, qui fait plus de 1,8 km, relie non seulement Méan et Penhoët, mais fut aussi pendant longtemps l’entrée principale dans Saint-Nazaire en arrivant de Nantes. Tintin et le Capitaine Haddock arrivent donc par ici ; ils sont à la recherche du professeur Tournesol, enlevé, qui aurait été vu sur le port de Saint-Nazaire. Mais ceci est une autre histoire…

Vasière

Entre marais de Brière et estuaire de la Loire, l’embouchure du Brivet à Méan prend la forme d’une vaste zone humide. Cette grande vasière, le Grand Tourteau, est classée Natura 2000. Les oiseaux, dont de nombreux migrateurs, y trouvent un garde-manger bien rempli et une zone de reproduction. A marée basse, la vasière se prolonge jusque dans le port de Méan. Les projets d’aménagement qui pendant plusieurs années menaçaient cette zone semblent définitivement écartés… tant mieux !


Il y aurait encore tellement à raconter. L’histoire ouvrière du quartier. Ou les innombrables cafés de la rue de Trignac. Ou le « tortillard », ce petit train qui reliait les villages briérons à Saint-Nazaire, avançant tant bien que mal, « bruyant et asthmatique, inconfortable et toujours surchargé » comme le décrit Marthe Barbance encore en 1948 dans son ouvrage Saint-Nazaire, le port, la ville, le travail. Pour en savoir plus sur le quartier, je vous conseille de guetter les rendez-vous de la Saison Patrimoine proposés par Saint-Nazaire Renversante, qui comportent entre autres des visites guidées ou randos urbaines dans plusieurs quartiers dont Méan-Penhoët.

Et essayez de voir le film Le bonheur est pour demain, tourné par Henri Fabiani à Penhoët et en Brière en 1960 (il est disponible en DVD). Les vedettes : le chantier naval, le paquebot France en construction, un tout jeune acteur du nom de Jacques Higelin… et les ouvriers des Chantiers, superbement filmés. A découvrir !


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