E comme… estuaire / 1 – Tous en bateau !

Un espace où les eaux du fleuve se mêlent aux eaux de l’océan, remonté deux fois par jour par la marée. Un territoire où de grandes zones naturelles avoisinent villes et sites industriels. Un ensemble qui constitue, avec le lac de Grandlieu au sud et les marais de Brière et de Guérande au nord, une des plus grandes zones humides de France… L’estuaire de la Loire, entre Nantes et Saint-Nazaire, me semble presque insaisissable, tellement ses formes et contours sont multiples.

Pour un premier contact, quoi de mieux que de naviguer sur l’estuaire ? C’est ainsi que j’ai entrepris en juillet une croisière Estuaire, proposée par Nantes Tourisme : deux heures et demie sur l’eau, à descendre la Loire de Nantes jusqu’à Saint-Nazaire. Quel plaisir de se remplir les yeux, d’admirer un ciel changeant, sans doute typiquement estuarien, d’écouter les commentaires tout à fait captivants de notre guide Justine. Et l’estuaire a bien voulu se laisser appréhender… un petit peu.

Endigué

On embarque à la Gare maritime de Nantes. Le fameux éléphant, en promenade, semble saluer de loin notre bateau qui largue les amarres. Passage devant la butte Sainte-Anne, l’île de Nantes, Trentemoult, un petit chantier naval à Chantenay, puis sous le pont de Cheviré. Nous sommes dans la partie dite « endiguée » de l’estuaire, ici la Loire ne dépasse pas les 200 mètres de largeur.

Très vite après le pont de Cheviré on a l’impression de basculer déjà dans un autre univers. Alors que derrière nous se dessine encore tout un paysage industriel et portuaire, la rive sud se partage entre étiers secrets, pêcheries, les premières roselières. Par moments on se frotte les yeux : des ours qui grimpent dans un arbre ? Une maison qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une maison réellement existante (à Lavau-sur-Loire) mais qui flotte dans le fleuve… à moins qu’elle ne se soit échouée dans la vase ? Ces œuvres de Sarah Sze et de Jean-Luc Courcoult font partie du parcours Estuaire ; je vous en présente d’autres dans mon article Estuaire parcours d’art.

Bientôt à nouveau des bâtiments industriels rive sud, perpétuant une tradition militaire présente depuis 1777, même si de la fabrication de canons pour la marine royale on est passé à des pièces pour sous-marins nucléaires. Rive nord la tour à plomb de Couëron (1870) se voit de loin ; un bac est à quai, rappelant qu’entre les ponts de Cheviré et de Saint-Nazaire, la Loire ne se traverse qu’en bateau, grâce à deux liaisons : Basse Indre – Indret et Couëron – Le Pellerin. Plus d’un million de véhicules et deux fois plus de piétons utilisent chaque année les deux bacs, gratuitement (voir l’infographie du département de Loire-Atlantique qui gère les bacs).

Naturel

A partir du Pellerin, on va entrer dans la partie « intermédiaire » ou « naturelle » de l’estuaire de la Loire. Sur le fleuve de plus en plus vaste – on atteint maintenant une largeur de 300 à 400 mètres – on est en effet au cœur d’une nature à perte de vue : des roselières qui bruissent au vent, des étiers qui s’enfoncent dans les marais de part et d’autre, des oiseaux qui se reposent sur un banc de sable… La biodiversité est importante avec par exemple plus de 250 espèces d’oiseaux, migrateurs et sédentaires. Ils trouvent une nourriture abondante dans les vasières qui grouillent de vers, mollusques et crustacés, et peuvent facilement nidifier dans les roselières.

En réalité la main de l’homme a façonné ce paysage depuis des siècles, en creusant ou chenalisant l’estuaire, en remblayant des milliers d’hectares, rattachant ainsi d’anciennes îles au rivage, en créant écluses et vannes, canaux et douves, au service de l’agriculture et de la pêche, pour aménager des ports ou des sites industriels.

Au-delà des roselières on aperçoit déjà au loin les hautes cheminées de la centrale électrique de Cordemais…

Comme pour narguer les tours de la centrale, dont la plus haute culmine à 220 mètres, la Villa Cheminée, sa petite voisine, en reprend le code couleurs même si elle ne se hausse qu’à 15 mètres au-dessus du fleuve (j’aurai l’occasion d’en reparler dans le prochain article, il y en aura trois en tout, consacrés à l’estuaire). Cette villa improbable a été créée par Tatzu Nishi, toujours dans le cadre du parcours d’art Estuaire.

Une éolienne géante (chaque pale est longue de 75 mètres !) se dresse depuis 2012 sur la rive sud de l’estuaire. Prototype des éoliennes en mer du parc « offshore » qui est actuellement construit au large de Saint-Nazaire, elle rappelle que les énergies renouvelables, notamment marines, sont en train de devenir une filière importante et porteuse d’avenir dans la région.

Maritime

Le but du voyage approche. Le bateau passe devant Paimbœuf, avant-port de Nantes dès le milieu du 17e siècle. Pendant près de 200 ans, le petit village de pêcheurs allait connaître un incroyable essor : port de commerce, sous-préfecture, quatrième ville de Loire-Inférieure… jusqu’à ce que Saint-Nazaire devienne à son tour avant-port de Nantes, puis un grand port à part entière et haut lieu de la construction navale. Tiens, j’ai appris pendant ma croisière sur l’estuaire qu’à Paimbœuf on construisait également des navires, dont la célèbre frégate La Méduse, lancée en 1810.

Paimbœuf marque aussi le début du secteur « maritime » de l’estuaire. Le fleuve s’élargit encore, 800 mètres, 2 kilomètres puis 3… Au loin se dessinent en filigrane, au-dessus de la Loire étincelante, le pont de Saint-Nazaire, les grands portiques du chantier naval, et quelques-uns des grands terminaux. Plus de 90 % du trafic du Grand port maritime de Nantes Saint-Nazaire concernent d’ailleurs les terminaux aval, c’est-à-dire les installations portuaires de Saint-Nazaire, Montoir-de-Bretagne et Donges.

Deuxième passage sous un grand pont, celui de Saint-Nazaire, et ce sont des paquebots en construction et des éléments géants pour le parc éolien qui nous accueillent sur les derniers kilomètres.

J’aurais bien continué le voyage, me laissant porter vers le large, ce formidable appel… Mais il faut débarquer. Je suis ravie de ma croisière, voyage dans un territoire qui à première vue n’a peut-être rien de spectaculaire mais qui n’a pas fini de me fasciner.

Cliquez ici pour tout savoir sur les Croisières Estuaire (calendrier, tarifs, réservations etc.). Cette année, les croisières qui sont disponibles dans les deux sens entre Nantes et Saint-Nazaire sont proposées jusqu’au 26 octobre 2021.

Bon à savoir : il n’y a pas que les croisières Estuaire pour explorer l’estuaire de la Loire. Saint-Nazaire Renversante propose chaque été des croisières-découvertes le long du littoral et dans l’estuaire, dont des croisières nocturnes qui révèlent la beauté insolite d’un paysage industrialo-portuaire (voir photo ci-dessous). Les croisières sont programmées jusqu’au 25 août 2021. Et avec Terre d’Estuaire vous pouvez embarquer, jusqu’au 24 août 2021, pour des croisières inédites, une traversée fluviale entre Lavau-sur-Loire et Paimbœuf (dans l’un ou l’autre sens) dans un bateau à fond plat qui permet de se faufiler dans les étiers à travers les roselières.

A lire également : Estuaire / 2 – Question de points de vue et Estuaire / 3 – Au sud, un canal s’est perdu.

5 commentaires sur “E comme… estuaire / 1 – Tous en bateau !

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  1. Bonsoir,
    Beau reportage, plein de jolies surprises. J’espère que la maison du port saura regagner la rive !
    J’ai la même fascination pour les estuaires, liens entre deux mondes, terrestre et maritime et faits de contrastes entre nature et zones industrialisées et portuaires.

    Aimé par 1 personne

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