E comme… estuaire / 2 – Question de point de vue

Dans mon premier article consacré à l’estuaire de la Loire, je vous ai dit tout l’intérêt et le plaisir d’une croisière de Nantes à Saint-Nazaire, comme celle pour laquelle j’ai embarqué récemment. Et comment faire pour voir l’estuaire depuis la terre ? Ce n’est pas si simple ! Si vous pensiez suivre une route panoramique, vous serez très déçus : que ce soit rive nord ou rive sud, il n’y a pas de route qui suit l’estuaire de la Loire de près.

Mais des points de vue existent, et des beaux ! Pour cet article, on va rester sur la rive Nord, pour un voyage de découverte de l’estuaire entre Saint-Nazaire et Cordemais.

« Mon » estuaire nazairien

J’aime beaucoup la partie nazairienne de l’estuaire, juste avant que le fleuve ne se perde tout à fait dans l’océan. Les vues sont très variées : à Méan, près du pont ou depuis le sémaphore de Vincent Mauger…

… le long du port…

… au niveau du phare de Villès-Martin…

… et la vue la plus grandiose sur l’embouchure, depuis le fort de l’Eve. Ici on s’approche de la limite géographique de l’estuaire : côté nord c’est la pointe de Chemoulin, côté sud, la pointe de Saint-Gildas à Préfailles.

Petit diaporama d’ambiances et de lumières :

Cordemais : Villa Cheminée et Terre d’Estuaire

A Cordemais, il y a un petit coin de terre absolument magique. C’est un peu caché, il faut prendre une route assez peu engageante qui contourne la centrale thermique, et d’un coup ça y est : là où l’étier de Cordemais rejoint la Loire, on est au plus près de l’estuaire. Les aménagements de cette plateforme sont sommaires ; un platelage, une table d’orientation, c’est quasiment tout. Mais quelle vue, quelle proximité, je dirais même quelle intimité avec l’estuaire ! La dernière fois que j’y suis passée, par une belle matinée de juillet, je me croyais dans une aquarelle de William Turner (1775-1851). Je sais que Turner a beaucoup peint la Loire à Nantes et en amont de Nantes, mais a-t-il connu l’estuaire… ? Je ne le sais pas, et peu importe, ces moments au bord de l’estuaire étaient un bonheur absolu.

Ici, vous êtes aussi au pied de la Villa Cheminée. Créée par l’artiste japonais Tatzu Nishi, dans le cadre du parcours d’art Estuaire, ce mini-pavillon se niche à 15 m de hauteur, sur une tour dont le rouge et le blanc reprennent les couleurs de la centrale thermique voisine.

La vue de là-haut est grandiose, comme vous pouvez le constater facilement, car la terrasse est accessible gratuitement chaque dimanche de 14 h à 18 h, toute l’année sauf janvier. Mais la Villa Cheminée est aussi une chambre d’hôtes (toutes les infos sur le site de Nantes Tourisme ; attention, c’est souvent complet des mois à l’avance). Pendant l’été 2020, j’ai réalisé un vieux rêve : j’y ai passé une nuit. J’avais hâte de voir un beau coucher de soleil sur la Loire… mais la météo n’a pas du tout joué le jeu : la flamboyance du soleil couchant était remplacée par des nuances de gris dans un ciel plus que tumultueux, avec de rares trouées de soleil. Pas grave, je garde quand même un souvenir ébloui de ce bref séjour.

Et puisque vous êtes à Cordemais, n’oubliez pas de visiter le centre d’interprétation Terre d’Estuaire. Un incontournable ! Ici on vous dit tout sur tout ce qui concerne l’estuaire : l’histoire, la navigation, les ports d’hier et d’aujourd’hui, la faune et la flore, en passant par les Vikings, les grands explorateurs (saviez-vous qu’en 1766, Louis-Antoine de Bougainville est parti de l’estuaire de la Loire pour son premier tour du monde ?) et même les épaves à l’embouchure et au large de la Loire. Les nombreuses manipulations et expériences interactives vont passionner les petits et les grands. La cerise sur le gâteau : un tour en ballon pour contempler, à 25 m de hauteur, l’estuaire, le petit port de Cordemais et la campagne aux alentours.

Au cœur des marais

Je vous disais au début de l’article qu’aucune route ne longe l’estuaire. Il y a bien sûr les sites portuaires et industriels qui bloquent l’accès par endroits, mais surtout, la Loire est ici bordée, de part et d’autre, de vastes zones de marais, environ 18 000 ha de prairies et zones humides. Les innombrables étiers, canaux et douves qui sillonnent ces marais représenteraient un linéaire de plus de 1 800 km ! Vous trouverez encore plus de détails sur le site d’Estuarium, centre d’éducation au patrimoine de l’estuaire de la Loire.

Dès le XIIe siècle, des moines ont commencé à transformer les marécages inhospitaliers en bordure du fleuve en terres fertiles, notamment pour l’élevage. Vous aurez un aperçu de ces paysages en vous promenant par exemple dans le marais du Syl, situé dans l’ancien lit majeur de la Loire, et qui s’étend sur trois communes, Savenay, Lavau-sur-Loire et Bouée.

Sur la trace des « petits ports de Loire »

Les énormes quantités de sédiments apportés par les eaux du fleuve et les travaux, notamment aux XIXe et XXe siècles, destinés à rendre celui-ci plus navigable (resserrement, creusement du chenal…) ont par ailleurs contribué à éloigner de plus en plus la Loire. Depuis le sémaphore de la Taillée, on domine une campagne que rien ne semble distinguer, mais toutes ces terres ont été gagnées sur le fleuve.

Les « petits ports de Loire », très actifs jusqu’au milieu du XXe siècle, ont disparu. Poussez jusqu’à Rohars, sur la commune de Bouée : au milieu de nulle part, une poignée de maisons, une chapelle, une cale donnant sur un étier… la Loire ne se voit même pas. Pourtant, à partir du Moyen-Age, « Rohars comme d’autres petits ports de l’estuaire va jouer un rôle important, aussi bien dans l’activité transversale Nord-Sud que dans le commerce maritime en étant par exemple le port d’attache d’une partie de la flotte de commerçants espagnols au XVIe siècle, les Senores du Sauf-Conduit. Plus récemment, port de pêche, point de débarquement et d’embarquement de bétail, de foin, de sable, de roux (roseaux) et lieu de traversée, Rohars va cependant péricliter au XXe comme tous les petits ports ligériens » (cette citation provient du site de la commune de Bouée dont dépend le village de Rohars).

Le village de Lavau-sur-Loire, serré autour de son clocher et entouré aujourd’hui de prés et de marais, de roselières et d’étiers soumis à la marée, était lui aussi autrefois un port de Loire très actif.

C’est justement à Lavau qu’une autre œuvre du parcours d’Estuaire vous attend, l’Observatoire de Tadashi Kawamata. Situé à environ 20 minutes à pied du village, dans l’ancien lit du fleuve, il domine le canal de la Taillée et vous offre une belle vue de ce paysage estuarien… et au loin, ce mince ruban argenté, c’est bien elle. La Loire !


A lire également : Estuaire / 1 – Tous en bateau ! (une croisière de Nantes à Saint-Nazaire) ; et Estuaire / 3 – Au sud, un canal s’est perdu, le troisième et dernière article consacré à l’estuaire de la Loire : des points de vue dans le Sud-Loire, et un tour par le canal de La Martinière.

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